Le «Robin des bois» de l'immobilier espagnol

Source | 17/11/2008

Des jeunes Madrilènes ont campé pendant une semaine pour pouvoir profiter d'une vente d'appartements bon marché.

On l'appelle ici à Fuenlabrada, une grosse banlieue dortoir au sud de Madrid, le «Robin des bois de la construction». Promoteur, José Moreno, la quarantaine bedonnante, organise depuis dix ans des opérations immobilières pour les «pauvres». Avec son allure de loup de mer et sa gouaille populaire, ce businessman hors norme construit et met en vente des appartements relativement accessibles par rapport au prix du marché.

Les clients potentiels sont surtout des jeunes non propriétaires de moins de 35 ans. Dans un pays où l'accès au logement est un véritable cauchemar pour les bourses modestes, José Moreno est adulé. Sa côte de popularité est montée en flèche depuis que la crise économique immobilière et internationale a rendu presque impossible l'obtention de crédits bancaires. Samedi, lorsqu'il est apparu brièvement au milieu de la foule, il a été accueilli sous les vivats. Originaire de Fuenlabrada, l'agent immobilier était venu donner le coup d'envoi de sa nouvelle promotion. Alors qu'il ne possède pas encore le terrain, il propose sur plan des appartements de 60 à 90 m² avec piscine collective, garage et terrasse pour des prix allant de 120 000 à 190 000 euros. Une aubaine dans cette banlieue espagnole ! Ici, il faut compter environ 250 000 euros pour un 90 m².

L'annonce faite il y a une semaine a immédiatement suscité un vif engouement chez les jeunes de la région. Près de trois mille personnes ont fait la queue nuit et jour pour obtenir un des 2 100 appartements proposés par José Moreno. De peur de perdre leur place dans la queue, les aspirants aux appartements ont installé des tentes sur la chaussée.

Des familles entières se sont relayées dans la file d'attente qui s'est étendue sur plus d'un kilomètre. «Ma sœur, ma mère et même mes cousins sont venus me relayer dans la tente durant les cinq jours», commente Veronica. Âgée de 31 ans, elle gagne 1 200 euros par mois en cumulant deux jobs de gardienne.

Spéculation immobilière

Comme la plupart des jeunes Espagnols, elle se refuse à louer un appartement et préfère vivre chez ses parents. «Je ne pars de chez mes parents que si j'ai mon chez moi ; jusqu'à présent cela m'était impossible avec les prix du marché.» Depuis samedi, elle exulte de joie, tenant comme un trophée la feuille qui lui garantit l'un des appartements de Moreno, en échange d'avoir déposé une garantie de 120 euros.

La spéculation immobilière qui a fait grimper les prix de plus de 100 % en une décennie a laissé sur le carreau de milliers de jeunes désireux de devenir propriétaires. Cette situation est d'autant plus paradoxale que les experts de la construction parlent d'un demi-million d'appartements vides dans tout le pays.

José Moreno, dénommé aussi «El Pocero bueno» (le bon puisatier), en opposition à El Pocero malo (le mauvais) à l'origine d'un scandale immobilier dans la région de Tolède, est l'un des seuls du secteur à dénoncer les abus du BTP espagnol, qui durant dix ans a été le moteur économique du pays. «On peut gagner de l'argent tout en proposant des logements décents et à des prix justes», explique-t-il devant une foule en liesse.